
The Project Gutenberg EBook of Derniers essais de littérature et
d'esthétique: août 1887-1890, by Oscar Wilde
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Title: Derniers essais de littérature et d'esthétique: août 1887-1890
Author: Oscar Wilde
Translator: Albert Savine
Release Date: December 31, 2006 [EBook #20234]
Language: French
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BIBLIOTHÈQUE COSMOPOLITE.—No 68
OSCAR WILDE
Derniers Essais de Littérature et d'Esthétique
AOÛT 1887-1890
Traduction d'ALBERT SAVINE
PARIS
P.-V. STOCK & Cie, ÉDITEURS
155, RUE SAINT-HONORÉ, 155
1913
DU MÊME AUTEUR ET DU MÊME TRADUCTEUR:
Le Crime de Lord Arthur Savile.—Le Portrait de monsieur W.H.—Poèmes.—Le Prêtre et l'Acolyte.—Théâtre I.: Drames.—Théâtre II.: Comédies, 1er volume.—Théâtre III.: Comédies, 2e volume.—Une Maison de Grenades.—Essais de Littérature et d'Esthétique.—Nouveaux Essais de Littérature et d'Esthétique.
DU MÊME TRADUCTEUR:
Juan Valera.—Le Commandeur Mendoza. Narcis Oller.—Le Papillon, préface d'Émile Zola.—Le Rapiat. Jacinto Verdaguer.—L'Atlantide. Emilia Pardo Bazan.—Le Naturalisme. Henryck Sienkiewicz.—Pages d'Amérique. Andrew Carnegie.—La Grande-Bretagne jugée par un Américain. Elisabeth Barrett Browning.—Poèmes et Poésies. Th. de Quincey.—Souvenirs autobiographiques du Mangeur d'opium. Th. Roosevelt.—La Vie au Rancho.—Chasses et parties de chasse.—La Conquête de l'Ouest.—New-York. Percy Bysshe Shelley.—Œuvres en prose. Robert-L. Stevenson.—Enlevé! Algernon C. Swinburne.—Nouveaux Poèmes et Ballades. Arthur Conan Doyle.—Mystères et Aventures.—Le Parasite. (En collaboration avec Georges-Michel.)—La Grande Ombre.—Un Début en Médecine.—Idylle de Banlieue.—Nouveaux Mystères et Aventures.—Jim Harrison, boxeur.—La merveilleuse découverte de Raffles Raw.—Derniers Mystères et Aventures.—Le Capitaine Micah Clarke.—Les Recrues de Monmouth.—La bataille de Sedgemoor.—Un Duo. Arthur Morrison.—Les Enquêtes du prestigieux Héwitt.—Nouvelles Enquêtes du prestigieux Héwitt.—Dernières Enquêtes du prestigieux Héwitt.—Dorrington détective marron. H.-B. Marriott Watson.—Dick le Galopeur. Julien Hawthorne.—Confessions d'un condamné par le No 19759. Frank-Th. Bullen.—Idylles de la mer.
En préparation:
Henryck Sienkiewicz.—La Préférée. Armando Palacio Valdes.—L'Idylle d'un malade. José Maria de Pereda.—Au premier vol. Robert-L. Stevenson.—Les Joyeux Drilles. Bret Harts.—Maruja.—Dans les bois de Carquinez.
OSCAR WILDE
Derniers Essais de Littérature et d'Esthétique
(AOÛT 1887-1890)
Un bon roman historique.[1]
La plupart des romanciers russes regardent le roman historique comme un faux genre, comme une sorte de bal travesti littéraire, comme une simple représentation de marionnettes, et non comme une peinture vraie de la vie.
Pourtant, l'histoire de la Russie abonde en scènes et en situations si extraordinaires que nous voyons sans surprise, en dépit des dogmes de l'école naturaliste, M. Stephen Coleridge prendre pour cadre de son étrange récit la Russie du seizième siècle.
Sans doute on peut dire bien des choses en faveur de la préférence donnée à un sujet éloigné des événements actuels.
La passion, elle-même, gagne à être vue dans un milieu pittoresque.
La distance dans le temps, à la différence de la distance dans l'espace, rend les objets plus grands et plus nets.
Les choses ordinaires de la vie contemporaine sont enveloppées d'un brouillard de familiarité qui obscurcit souvent leur signification.
En outre, à certains moments, nous sentons qu'il y a fort peu de plaisir artistique à attendre de l'étude de l'école réaliste moderne.
Ses œuvres sont fortes, mais pénibles, et au bout d'un certain temps, nous nous lassons de leur âpreté, de leur violence et de leur crudité.
Elles exagèrent l'importance des faits et méconnaissent l'importance de la fiction.
Tel est, en tout cas, l'état d'esprit—et la critique est-elle autre chose qu'un état d'esprit?—qu'a produit en nous la lecture du Démétrius de M. Coleridge.
C'est l'histoire d'un tout jeune homme de naissance inconnue, qui est élevé dans la domesticité d'un noble polonais.
Cet adolescent de haute taille, de physionomie agréable, nommé Alexis, a dans le port, une fierté, dans les manières, une grâce, qui paraissent étranges dans une situation aussi infirme.
Tout à coup il est reconnu par un gentilhomme russe exilé, comme étant Démétrius, le fils d'Ivan le Terrible, qu'on croyait avoir été assassiné par l'usurpateur Boris.
Son identité est confirmée par une singulière croix d'émeraudes qu'il porte au cou et par une indication, en langue grecque, dans son livre de prières, et qui révèle le secret de sa naissance et comment il a été sauvé.
Lui-même sent battre dans ses veines un sang royal et il fait appel à la noblesse de la Diète de Pologne pour qu'elle épouse sa cause.
Sa parole passionnée la décide à le reconnaître pour le véritable Tsar et il envahit la Russie à la tête d'une armée nombreuse.
Le peuple accourt de tous côtés autour de lui, et Marfa, la veuve d'Ivan le Terrible, s'échappe du couvent, où elle a été ensevelie vivante par Boris, pour venir au devant de son fils.
D'abord elle semble ne point le reconnaître, mais par la douceur de sa voix, par l'éloquence de son langage, il la conquiert, et elle l'embrasse, en présence de l'armée et déclare qu'il est son fils.
L'usurpateur, terrifié de ces nouvelles et abandonné par ses soldats, se suicide.
Alexis fait son entrée triomphale dans Moscou et il est couronné au Kremlin. Mais malgré tout, il n'est point le vrai Démétrius.
Il a été trompé lui-même et il trompe les autres.
M. Coleridge a tracé son rôle avec une délicate subtilité, avec une vive pénétration, et la scène, dans laquelle Démétrius découvre qu'il n'est point le fils d'Ivan et n'a aucun droit au nom qu'il réclame, est extrêmement forte et dramatique.
Il y a un point de ressemblance entre Alexis et le véritable Démétrius; tous deux sont mis à mort, et c'est par la mort de son étrange héros que M. Coleridge termine son remarquable récit.
En somme, M. Coleridge a écrit un roman historique réellement bon, et on peut le féliciter de son succès.
Le style est particulièrement intéressant et les parties narratives du livre méritent un grand éloge pour leur clarté, leur dignité, leur sobriété.
Les discours et les dialogues ne sont point traités avec le même bonheur, car ils ont une tendance maladroite à tourner en mauvais vers blancs.
Voici par exemple un discours, imprimé par M. Coleridge comme de la prose, et dans lequel la véritable musique de la prose est sacrifiée à un faux parti-pris métrique qui est à la fois monotone et fatigant:
Ce n'est point de la bonne prose, c'est simplement du vers blanc de qualité inférieure et nous espérons que, dans son prochain roman, M. Coleridge ne nous offrira pas de la poésie de second ordre au lieu de prose harmonieuse.
Certes, que M. Coleridge soit un jeune auteur de grand talent, et très cultivé, on ne saurait en douter, et véritablement, en dépit de l'erreur que nous avons signalée, Démétrius reste un des romans les plus attrayants, les plus agréables, qui aient paru cette saison.