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The Project Gutenberg EBook of Les misérables Tome I, by Victor Hugo

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Title: Les misérables Tome I
       Fantine

Author: Victor Hugo

Release Date: January 10, 2006 [EBook #17489]
[Date last updated: July 28, 2010]

Language: French


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Les Misérables

Victor Hugo

Tome I—FANTINE

(1862)


TABLE DES MATIÈRES

Livre premier—Un juste

Chapitre I--Monsieur Myriel
Chapitre II--Monsieur Myriel devient monseigneur Bienvenu
Chapitre III--À bon évêque dur évêché
Chapitre IV--Les œuvres semblables aux paroles
Chapitre V--Que monseigneur Bienvenu faisait durer trop longtemps ses soutanes
Chapitre VI--Par qui il faisait garder sa maison
Chapitre VII--Cravatte
Chapitre VIII--Philosophie après boire
Chapitre IX--Le frère raconté par la sœur
Chapitre X--L'évêque en présence d'une lumière inconnue
Chapitre XI--Une restriction
Chapitre XII--Solitude de monseigneur Bienvenu
Chapitre XIII--Ce qu'il croyait
Chapitre XIV--Ce qu'il pensait

Livre deuxième—La chute



Chapitre I--Le soir d'un jour de marche
Chapitre II--La prudence conseillée à la sagesse
Chapitre III--Héroïsme de l'obéissance passive
Chapitre IV--Détails sur les fromageries de Pontarlier
Chapitre V--Tranquillité
Chapitre VI--Jean Valjean
Chapitre VII--Le dedans du désespoir
Chapitre VIII--L'onde et l'ombre
Chapitre IX--Nouveaux griefs
Chapitre X--L'homme réveillé
Chapitre XI--Ce qu'il fait
Chapitre XII--L'évêque travaille
Chapitre XIII--Petit-Gervais

Livre troisième—En l'année 1817

Chapitre I--L'année 1817
Chapitre II--Double quatuor
Chapitre III--Quatre à quatre
Chapitre IV--Tholomyès est si joyeux qu'il chante une chanson espagnole
Chapitre V--Chez Bombarda
Chapitre VI--Chapitre où l'on s'adore
Chapitre VII--Sagesse de Tholomyès
Chapitre VIII--Mort d'un cheval
Chapitre IX--Fin joyeuse de la joie

Livre quatrième—Confier, c'est quelquefois livrer


Chapitre I--Une mère qui en rencontre une autre
Chapitre II--Première esquisse de deux figures louches
Chapitre III--L'Alouette

Livre cinquième—La descente

Chapitre I--Histoire d'un progrès dans les verroteries noires
Chapitre II--M. Madeleine
Chapitre III--Sommes déposées chez Laffitte
Chapitre IV--M. Madeleine en deuil
Chapitre V--Vagues éclairs à l'horizon
Chapitre VI--Le père Fauchelevent
Chapitre VII--Fauchelevent devient jardinier à Paris
Chapitre VIII--Madame Victurnien dépense trente-cinq francs pour la morale
Chapitre IX--Succès de Madame Victurnien
Chapitre X--Suite du succès
Chapitre XI--Christus nos liberavit
Chapitre XII--Le désœuvrement de M. Bamatabois
Chapitre XIII--Solution de quelques questions de police municipale

Livre sixième—Javert

Chapitre I--Commencement du repos
Chapitre II--Comment Jean peut devenir Champ

Livre septième—L'affaire Champmathieu

Chapitre I--La sœur Simplice
Chapitre II--Perspicacité de maître Scaufflaire
Chapitre III--Une tempête sous un crâne
Chapitre IV--Formes que prend la souffrance pendant le sommeil
Chapitre V--Bâtons dans les roues
Chapitre VI--La sœur Simplice mise à l'épreuve
Chapitre VII--Le voyageur arrivé prend ses précautions pour repartir
Chapitre VIII--Entrée de faveur
Chapitre IX--Un lieu où des convictions sont en train de se former
Chapitre X--Le système de dénégations
Chapitre XI--Champmathieu de plus en plus étonné

Livre huitième—Contre-coup

Chapitre I--Dans quel miroir M. Madeleine regarde ses cheveux
Chapitre II--Fantine heureuse
Chapitre III--Javert content
Chapitre IV--L'autorité reprend ses droits
Chapitre V--Tombeau convenable

Livre premier—Un juste


Chapitre I

Monsieur Myriel

En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne. C'était un vieillard d'environ soixante-quinze ans; il occupait le siège de Digne depuis 1806.

Quoique ce détail ne touche en aucune manière au fond même de ce que nous avons à raconter, il n'est peut-être pas inutile, ne fût-ce que pour être exact en tout, d'indiquer ici les bruits et les propos qui avaient couru sur son compte au moment où il était arrivé dans le diocèse. Vrai ou faux, ce qu'on dit des hommes tient souvent autant de place dans leur vie et surtout dans leur destinée que ce qu'ils font. M. Myriel était fils d'un conseiller au parlement d'Aix; noblesse de robe. On contait de lui que son père, le réservant pour hériter de sa charge, l'avait marié de fort bonne heure, à dix-huit ou vingt ans, suivant un usage assez répandu dans les familles parlementaires. Charles Myriel, nonobstant ce mariage, avait, disait-on, beaucoup fait parler de lui. Il était bien fait de sa personne, quoique d'assez petite taille, élégant, gracieux, spirituel; toute la première partie de sa vie avait été donnée au monde et aux galanteries. La révolution survint, les événements se précipitèrent, les familles parlementaires décimées, chassées, traquées, se dispersèrent. M. Charles Myriel, dès les premiers jours de la révolution, émigra en Italie. Sa femme y mourut d'une maladie de poitrine dont elle était atteinte depuis longtemps. Ils n'avaient point d'enfants. Que se passa-t-il ensuite dans la destinée de M. Myriel? L'écroulement de l'ancienne société française, la chute de sa propre famille, les tragiques spectacles de 93, plus effrayants encore peut-être pour les émigrés qui les voyaient de loin avec le grossissement de l'épouvante, firent-ils germer en lui des idées de renoncement et de solitude? Fut-il, au milieu d'une de ces distractions et de ces affections qui occupaient sa vie, subitement atteint d'un de ces coups mystérieux et terribles qui viennent quelquefois renverser, en le frappant au cœur, l'homme que les catastrophes publiques n'ébranleraient pas en le frappant dans son existence et dans sa fortune? Nul n'aurait pu le dire; tout ce qu'on savait, c'est que, lorsqu'il revint d'Italie, il était prêtre.

En 1804, M. Myriel était curé de Brignolles. Il était déjà vieux, et vivait dans une retraite profonde.

Vers l'époque du couronnement, une petite affaire de sa cure, on ne sait plus trop quoi, l'amena à Paris. Entre autres personnes puissantes, il alla solliciter pour ses paroissiens M. le cardinal Fesch. Un jour que l'empereur était venu faire visite à son oncle, le digne curé, qui attendait dans l'antichambre, se trouva sur le passage de sa majesté. Napoléon, se voyant regardé avec une certaine curiosité par ce vieillard, se retourna, et dit brusquement:

—Quel est ce bonhomme qui me regarde?

—Sire, dit M. Myriel, vous regardez un bonhomme, et moi je regarde un grand homme. Chacun de nous peut profiter.

L'empereur, le soir même, demanda au cardinal le nom de ce curé, et quelque temps après M. Myriel fut tout surpris d'apprendre qu'il était nommé évêque de Digne.

Qu'y avait-il de vrai, du reste, dans les récits qu'on faisait sur la première partie de la vie de M. Myriel? Personne ne le savait. Peu de familles avaient connu la famille Myriel avant la révolution.

M. Myriel devait subir le sort de tout nouveau venu dans une petite ville où il y a beaucoup de bouches qui parlent et fort peu de têtes qui pensent. Il devait le subir, quoiqu'il fût évêque et parce qu'il était évêque. Mais, après tout, les propos auxquels on mêlait son nom n'étaient peut-être que des propos; du bruit, des mots, des paroles; moins que des paroles, des palabres, comme dit l'énergique langue du midi.

Quoi qu'il en fût, après neuf ans d'épiscopat et de résidence à Digne, tous ces racontages, sujets de conversation qui occupent dans le premier moment les petites villes et les petites gens, étaient tombés dans un oubli profond. Personne n'eût osé en parler, personne n'eût même osé s'en souvenir.

M. Myriel était arrivé à Digne accompagné d'une vieille fille, mademoiselle Baptistine, qui était sa sœur et qui avait dix ans de moins que lui.

Ils avaient pour tout domestique une servante du même âge que mademoiselle Baptistine, et appelée madame Magloire, laquelle, après avoir été la servante de M. le Curé, prenait maintenant le double titre de femme de chambre de mademoiselle et femme de charge de monseigneur.

Mademoiselle Baptistine était une personne longue, pâle, mince, douce; elle réalisait l'idéal de ce qu'exprime le mot «respectable»; car il semble qu'il soit nécessaire qu'une femme soit mère pour être vénérable. Elle n'avait jamais été jolie; toute sa vie, qui n'avait été qu'une suite de saintes œuvres, avait fini par mettre sur elle une sorte de blancheur et de clarté; et, en vieillissant, elle avait gagné ce qu'on pourrait appeler la beauté de la bonté. Ce qui avait été de la maigreur dans sa jeunesse était devenu, dans sa maturité, de la transparence; et cette diaphanéité laissait voir l'ange. C'était une âme plus encore que ce n'était une vierge. Sa personne semblait faite d'ombre; à peine assez de corps pour qu'il y eût là un sexe; un peu de matière contenant une lueur; de grands yeux toujours baissés; un prétexte pour qu'une âme reste sur la terre.

Madame Magloire était une petite vieille, blanche, grasse, replète, affairée, toujours haletante, à cause de son activité d'abord, ensuite à cause d'un asthme.

À son arrivée, on installa M. Myriel en son palais épiscopal avec les honneurs voulus par les décrets impériaux qui classent l'évêque immédiatement après le maréchal de camp. Le maire et le président lui firent la première visite, et lui de son côté fit la première visite au général et au préfet.

L'installation terminée, la ville attendit son évêque à l'œuvre.


Chapitre II
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